Depuis septembre 2016, en parallèle de ma formation en naturopathie, j’ai fais une année de formation yoga Iyengar au centre de Clermont. Je vous en parlerais plus longuement dans un autre article, car cette formation m’a permis de comprendre ou plutôt d’accepter certains aspects de moi-même.

Dans ce cadre nous avons fait quelques planches sur “L’arbre du Yoga” de BKS Iyengar fondateur de la méthode éponyme.  C’est assez technique  (noms en sanscrits par exemple), mais néanmoins pas inintéressant même pour les novices.

Le passage que je vous propose s’appelle Energie et Grâce divine (peu importe son “Dieu”, ce n’est pas ça l’important).

Pour cet exposé – tout du moins pour la première partie qui concerne la physiologie – j’ai effectué des parallèles naturopathique (n’ayant pas encore abordé la psychologie dans mes cours).

Nous allons voir les différents canaux d’énergie, leur union, leur régulation, puis je vous soumettrai ce que j’ai pu traduire de l’aspect psychologique avec les mouvements et la nature de conscience et la réception éventuelle de la « grâce divine ».

1- ASPECT PHYSIOLOGIQUE

Les canaux d’énergie

BKS IYENGAR dans l’Arbre du Yoga, nous indique la présence de 3 canaux d’énergie dans notre corps. Chacun ont une signification à la fois physiologique ET psychologique.

Le premier de ses canaux est Pingalā qui correspond au système nerveux (SN) sympathique. Le SN sympathique est le système de l’action, c’est l’accélérateur de notre corps. C’est celui qui nous permet d’assurer nos tâches dans la journée ou encore nos efforts dans les asanas. Il part du plexus solaire, c’est l’énergie du soleil.

Le deuxième canal est īda. Il correspond au SN parasympathique. Ce système est le ralentisseur de notre corps, le repos des organes ou encore l’élimination. Il est mis en service quand le corps et l’esprit sont au repos, c’est un système que l’on peut retrouver dans certaines postures comme savāsana ou encore dans le Prānāyāma, dhyana (la méditation) ou encore dhārana (la concentration). Ce système est primordiale pour l’homéostasie de l’être. Il naît dans le cerveau, c’est l’énergie lunaire. BKS Iyengar fait un rapprochement avec cette seconde énergie et l’hypothalamus (plancher du 3ème ventricule cérébral et centre important du SN autonome c’est à dire la respiration, le rythme cardique). On dit que l’hypothalamus  est le plexus lunaire où descend īda (énergie lunaire) tandis que pingalā (énergie du soleil) monte depuis le plexus solaire où il réside.

Je fais une parenthèse naturo : aujourd’hui la plupart des personnes sont sur le système sympathique et les fluctuations du mental de cesse jamais. Le système parasympathique est alors saturé et ne peux plus se régénérer. Cela peut se présenter sous forme de stress, de fatigue, de sommeil agité, de problème digestif, voir d’expression cutané (eczema, mycose..). Ce n’est pas le seul facteur bien entendu. Le corps et le mental ne peuvent pas se réparer dans ce cas de figure. Aussi, le yoga, par ses asanas ou encore le pranayama, a toute sa place au sein de chaque foyer pour permettre de réharmoniser l’ensemble de ces énergies.

īda et pingalā travaillent donc ensemble à l’homéostasie du corps et du mental. Quand un SN est fatigué, épuisé, l’autre prend le relais. Chacune de ces énergies est nécessaire au bon fonctionnement : un temps d’action, un temps de repos. Comme le soleil et la lune, le jour et la nuit. 

Kundalinī : l’union d’īda et pingalā 

La troisième énergie est l’union des deux énergies précédentes.  De cette union nait une nouvelle énergie appelé kundalinī ou encore énergie électrique, c’est l’énergie de susumnā. Elle correspond au système nerveux central – ordinateur central qui englobe le cerveau et le système nerveux de relation qui exécute ses ordres. Physiologiquement on le retrouve dans la moelle épinière et l’encéphale notamment.

Les SN sympathique et parasympathique sont semi contrôlable ou semi-volontaire, comme le système respiratoire par exemple. La respiration peut-être involontaire mais on peut également la contrôler. Le pranayama est un bel exemple.

La régulation des énergies

BKS Iyengar  nous enseigne que dans les asanas nous avons la possibilité d’augmenter ou de baisser la quantité d’énergie lunaire ou solaire. On pourrait prendre comme exemple les postures debout et  savasana (posture du cadavre), le premier est sur le mode sympathique tandis que le second est sur le mode parasympathique (mode de reconstruction en naturopathie). Pour autant, au bout d’un certain temps de pratique, les postures utilisent les 2 systèmes de manière équilibré (concentration dans l’action).

En revanche l’énergie du système nerveux central ne peut être contrôlé. Mais la fusion de īda et pingalā  qui produit l’énergie électrique (ou encore kundalinī) est stockée dans notre corps pour être libérée auprès du SN central, puis à toute les partie du corps.

BKS IYENGAR prend l’exemple d’un index qui serait plus allongé côté bord externe (SN sympathique/énergie solaire/ pingalā) que le bord interne (SN parasympathique/énergie lunaire/īda), cela signifié donc que le l’énergie solaire est plus importante que l’énergie lunaire, il faudrait donc travailler à faire augmenter l’énergie lunaire pour retrouver l’équilibre du corps. Les postures avant seraient peut-être indiqué?

Quand les 2 énergies sont équilbrées par la pratique des asanas, le pratiquant éprouve une nouvelle sensation. C’est énergie qui circule dans le corps, c’est l’énergie de susumnā.

2- ASPECT PSYCHOLOGIQUE

Refréner les mouvements de la conscience : Chittavrttinirodha

A présent nous allons voir l’aspect psychologique des énergies. Patañjali explique que chittavrttinirodha, c’est à dire réfréner les mouvements du mental, n’est pas synonyme de yoga. Vrtti signifie mouvement, nirodha signifie réfrénement et chitta conscience. Donc Chittavrttinirodha signifie refréner les mouvements de la conscience et non réfréner la conscience elle même.

BKS Iyengar nous explique le mot à travers l’exemple de l’argile ou de l’or.

Pour changer la forme d’un vase d’argile, il faut d’abord le casser et le réduire en poudre afin d’en fabriquer un autre d’une autre forme et ainsi en créé un nouveau. Cela fonctionne aussi avec l’or par exemple. Les différentes formes que peut prendre l’argile c’est Chittavrtti : les mouvements de la conscience. Tant que mon ne suspend pas les mouvements de la conscience, on ne peut comprendre la nature de la poudre ou de l’or brut et la manière dont cette poudre produit les différentes formes.

De même que la poudre est la cause des formes, de même chitta, la conscience, est la cause de Chittavrttinirodha, les mouvements de la conscience.

Si les mouvements de la conscience sont réfréner, il se crée un intervalle entre l’absence de pensées et la présence de pensées. on observe alors que la conscience (chitta) est différente des   mouvement de la conscience(chittavrtti). 

J’ai fait un schéma pouvant expliquer cela. Dans ce dernier la conscience n’est pas limité à ce cercle, la conscience n’a pas de limite, mais c’est pour comprendre la différence entre les mouvements de la conscience et la conscience.

La conscience, comme la lune, n’a pas de lumière propre

Patañjali dit que la conscience s’apaise lorsque cet état d’attention contemplative s’est produit grâce à un asana, pranayama, dhārna (la concentration), dhyana (méditation). Dans cet état la conscience se rend compte qu’elle n’a pas de lumière propre puisqu’elle ne peut pas agir et être témoin. Elle est dépendante de la lumière réfléchie par l’âme (comme la lune et les rayons du soleil). C’est une subtilité qui caractérise la conscience.

A la convention 2016, Birjoo Mehta nous avait proposé lors d’une séance de pranayama de placer des rétroviseurs à l’intérieur de nous pour apercevoir la lumière de notre âme. Grâce à son accompagnement j’avais pu observé ce phénomène.

Quand la conscience se rend compte cela, elle se livre à l’âme, c’est une forme d’abandon ou de lâcher prise. Dans cet état les oscillations cessent, le réfrènement se fait naturellement , le cerveau reste tranquille, il se vide, il devient un objet passif, réceptif. Dès cet instant, notre intelligence se diffuse partout également. C’est l’équilibre des énergies īda et pingalā qui cèdent la place à kundalini, la 3ème énergie, force divine de susumnā.

La grâce

Le Hatha yoga Pradīpikā dit que kundalinī ne s’éveille que lorsque la grâce vient vous toucher et donc que tout effort est inutile si cette grâce est absente.

Patanjali conseille, contrairement au Hatha yoga, de se préparer mentalement, physiquement et spirituellement à recevoir la grâce car on ne sait pas quand elle viendra.

Les organes d’action, de perception, le mental, l’intelligence et la conscience sont tous là pour servir l’âme. Mais si le soi ne sait pas les utiliser, ce sont eux qui deviennent les maîtres du soi avec pour conséquences malheur, affliction, oscillations et perturbations. Patanjali  parle de « bhoga » (qui signifie pris dans les filets du monde) et « aparva » (pris dans la force de la divinité).

Birjoo Mehta lors de la convention 2016 nous avait demandé de tenir une posture pendant plus de 15 minutes pour atteindre cet état d’abandon. au début on résiste, ensuite on a mal, on peut avoir de la colère aussi et si l’on tient, quelque chose prend le relai qui peut nous faire tenir très longtemps. Plusieurs étapes psychologique doivent être passées. L’accompagnement de Birjoo Mehta était suffisament convainquant pour nous faire découvrir cet état (que je n’ai pas retrouvé par la suite).

Comment faite naître et conserver kundalini?

Les asanas et le pranayama permettent de donner naissance et de conserver  kundalini, l’égale de l ‘énergie cosmique.  BKS Iyengar explique que quand l’énergie intérieur du mental et l’énergie extérieur ne font qu’un alors aucun mal ne peut nous arriver, on accepte la lumière sans dommage.

Cependant il est possible que quand la force divine vient du yoga, elle nous affecte ou perturbe l’équilibre de notre corps en raison de quelques faiblesses de notre énergie intérieur. Je ne sais pas si c’est un bon exemple mais pendant longtemps en faisant les extensions avant, je me mettais à pleurer sans raison apparente. Pas de douleur physique, juste des larmes ou plutôt de gros sanglots qui disparaissent les minutes suivantes. Je ne sais pas si c’est kundalini ou si c’est le rééquilibrage d’īda et de pingalā.

Il faut donc continuer la pratique pour devenir plus fort dans notre corps, notre mental et nos nerfs pour recevoir la lumière kundalini. Le yoga effectue un travail holistique de notre être.

BKS Iyengar prend l’exemple d’un cours avec un maître et des élèves. Chacun des élèves reçoit le même enseignement, pour autant tous n’auront pas la même note. La compréhension, l’ouverture, la perception de l’information est différente pour chacun d’entre nous. Le kundalini est comme la note.

Autres  possibilités pour recevoir la lumière :

  • il est possible qu’elle vienne sans pratiquer de yoga. Pour autant BKS Iyengar nous encourage à travailler pour accueillir cette énergie qui doit être méritée. Elle vient quand le fruit est mûr. L’essence de toute la pratique est contenu dans le kundalini.
  • On peut le recevoir via le toucher de notre enseignant par transmission. Je reprends un exemple de la convention. Birjoo Mehta a invité les personnes qui avaient pour habitudes de faire Sirsasana (posture sur la tête) contre le mur à tester la posture dans l’espace avec son accompagnement. Il touchait les personnes  à quelques endroits uniquement et la personne faisait la posture sans difficultés apparente. Je me souviens d’avoir échangé avec Delphine sur ce sujet, qui a vécu cette forte expérience de transmission.

L’énergie peut être permanente ou temporaire. Dans ce dernier cas il faut travailler pour la rendre permanente.  Elle reste en nous quand le corps, le mental, les nerfs  et l’intelligence sont à maturité. BKS Iyengar utilise l’exemple d’un arbre et de ses fruits comme exemple : tous les arbres ne donnent pas de fruits, c’est à dire que l’on peut pratiquer sans jamais recevoir cette lumière. Certains arbres donneront des fruits aigres ou encore des fruits savoureux. Le kundalini est le fruit de ses arbres (l’arbre représentant les asanas), elle dépend donc entièrement de notre pratique personnelle et de la grâce divine.

Il faut travailler pour l’atteindre et surtout ne pas lâcher si elle vient. La force divine ne peut s’éveiller sans grâce divine. On peut vouloir l’obtenir, mais sans grâce, il n’y a pas de force divine. Elles sont intimement liées. Si la grâce est là il faut continuer la pratique.

Stéphanie Rouget – mai 2017